Synthèse
La tentative de Benjamin Védrines en 4 h 54 min 41 s est l'une des performances les plus intéressantes de toute la série, non seulement par son niveau chronométrique, mais surtout par son choix stratégique. Contrairement à William Boffelli, Jack Kuenzle, Élise Poncet, Anna DeMonte ou Anne-Lise Desjacques, Védrines ne termine pas la montée par Vallot et l'arête des Bosses : à partir du Grand Plateau, il choisit l'option du Corridor et du mur de la Côte. Ce choix donne à sa tentative une signature très particulière. Il ne s'agit pas simplement d'aller vite sur l'itinéraire classique, mais de tenter d'exploiter une ligne plus directe, plus raide, plus engagée, avec l'idée de réduire la distance et d'attaquer le sommet par un passage plus tendu.
Le résultat global montre une performance extrêmement dense, mais pas encore totalement optimisée. Avec un sommet estimé autour de 3 h 52 min 47 s, Védrines atteint le haut plus lentement que William Boffelli et que la cordée Jacquemoud–Équy, mais sa montée reste d'un niveau très élevé. Sa VAM moyenne de montée, proche de 971 m/h, est remarquable compte tenu de l'altitude, du matériel de ski et de la longueur de l'effort. Elle montre une capacité à maintenir une grande puissance verticale pendant près de quatre heures, mais elle révèle aussi que l'option du Corridor n'a pas suffi à produire un avantage décisif sur les meilleurs passages par Vallot. Cela ne signifie pas que le choix était mauvais : cela signifie que le gain théorique d'un itinéraire plus direct peut être partiellement annulé par la raideur, la technicité, les conversions plus coûteuses et l'exposition.
La première moitié de la montée est très solide. Védrines part vite sans excès, avec un excellent passage Église → Tunnel, puis une progression régulière jusqu'à La Para. Le secteur La Para → Glacier des Bossons est déjà très compétitif, et il confirme qu'il ne perd pas de temps dans l'approche glaciaire. Sa tentative devient particulièrement brillante entre La Jonction et les Grands Mulets : il signe le meilleur passage de l'échantillon sur ce tronçon, ce qui montre une remarquable capacité à traverser les zones techniques avec décision et efficacité. Ce secteur est souvent révélateur de la qualité d'une tentative, car il combine glacier, recherche de ligne et pente soutenue ; Védrines y est exceptionnel.
Au-dessus des Grands Mulets, la lecture devient plus nuancée. Entre Grands Mulets et Petit Plateau, il reste très fort en valeur absolue, avec plus de 1 060 m/h de VAM, mais il n'est pas le meilleur de l'échantillon. Jack Kuenzle, notamment, est plus rapide sur ce secteur. Entre Petit Plateau et Grand Plateau, Védrines revient à un niveau proche des meilleurs, mais sans créer d'écart. C'est ensuite que son choix d'itinéraire se distingue : Grand Plateau → Corridor → Sommet. Comme il est le seul de la base à emprunter cette variante, la comparaison directe avec les autres par tronçon devient impossible, mais l'analyse stratégique est très riche. Le Corridor et le mur de la Côte peuvent offrir une ligne plus directe, mais ils demandent de gérer une pente plus raide et plus technique. Dans des conditions idéales, cette option pourrait être décisive ; dans sa tentative, elle lui permet de maintenir une montée rapide, mais pas de prendre l'avantage sur Boffelli ni sur Jacquemoud–Équy.
La descente de Védrines est en revanche l'une des grandes références de l'échantillon. Son temps estimé de 1 h 01 min 54 s entre le sommet et l'église est extrêmement rapide. Il est le meilleur sur la bascule Sommet → Grand Plateau, puis sur Grand Plateau → Petit Plateau et Petit Plateau → La Jonction. Ce triptyque est impressionnant : il montre une capacité à skier très vite dans la haute montagne, à convertir immédiatement l'altitude en vitesse, et à accepter une ligne engagée sans rupture de rythme. C'est dans cette phase que le ski devient une arme absolue. Là où une tentative à pied doit courir, désescalader ou composer avec la fatigue musculaire, Védrines transforme les grandes pentes supérieures en autoroute verticale.
Le bas de la descente est moins dominant, mais reste très efficace. Il perd un peu de terrain sur La Jonction → Glacier des Bossons, puis se stabilise sur les secteurs Glacier des Bossons → La Para et La Para → Tunnel. Le final Tunnel → Église est très rapide, deuxième meilleur passage comparable, preuve qu'il garde une vraie capacité de relance jusqu'au porche de l'église. Cette qualité est essentielle : les records ne se jouent pas seulement dans la face nord, mais aussi dans la manière de terminer, de courir avec le matériel, de gérer les transitions et de ne pas laisser filer des minutes dans le retour vers Chamonix.
En résumé, la tentative de Benjamin Védrines est celle d'un athlète qui combine puissance verticale, engagement alpin et très grande qualité de descente. Son choix du Corridor et du mur de la Côte en fait une tentative stratégiquement unique dans l'échantillon. Le fait qu'il ne batte pas les temps ultérieurs de Boffelli puis de Jacquemoud–Équy ne diminue pas sa valeur : il montre au contraire que le record du mont Blanc à ski ne dépend pas d'un seul choix de ligne, mais d'un équilibre extrêmement fin entre directivité, rendement de montée, technicité, qualité de neige et vitesse de descente. Védrines possède probablement l'une des descentes les plus impressionnantes de la base, mais il lui manque quelques minutes à la montée pour transformer cette tentative en record durable.
Méthode de données : cette fiche est calculée à partir des activités Strava de Benjamin Védrines, synchronisées avec les temps officiels de la tentative.