Synthèse
La tentative de William Boffelli en 4 h 43 min 24 s est une performance d'une densité exceptionnelle. Elle se distingue moins par un coup d'éclat isolé que par une continuité remarquable du bas jusqu'au sommet, puis par une descente très propre, rapide et suffisamment régulière pour transformer l'avantage acquis à la montée en record absolu au moment de sa réalisation. Par rapport à Benjamin Védrines, qui avait choisi une option plus directe par le Corridor et le mur de la Côte, Boffelli reste sur l'itinéraire classique par Vallot et l'arête des Bosses. Ce choix est très intéressant : il montre qu'une ligne plus traditionnelle peut rester plus rapide qu'une option plus directe si elle est exécutée avec une meilleure fluidité, une trace favorable et une grande capacité à maintenir de la vitesse en altitude.
Son temps au sommet, estimé autour de 3 h 41 min 04 s par la trace, est l'un des meilleurs de toute la base. Il est très proche de celui de Samuel Équy et de la cordée Jacquemoud–Équy, et nettement meilleur que celui de Védrines. La VAM moyenne de montée, autour de 1 022 m/h, est impressionnante sur un effort aussi long, avec le matériel de ski, et jusqu'à plus de 4 800 m d'altitude. Ce chiffre résume bien la force de Boffelli : il ne se contente pas d'être rapide dans les sections roulantes ou dans la descente ; il est capable de maintenir une pression verticale constante pendant toute la montée.
La première moitié de sa montée est particulièrement forte. Après un départ rapide mais pas maximal entre l'église et le Tunnel, il signe le meilleur passage sur Tunnel → La Para, puis le meilleur passage sur La Para → Glacier des Bossons. C'est là que sa tentative prend une grande valeur stratégique. Beaucoup d'athlètes perdent du temps dans cette transition vers le glacier, soit parce que la pente devient plus irrégulière, soit parce que les skis et les conversions coûtent cher, soit parce que la ligne n'est pas parfaitement optimisée. Boffelli, lui, transforme cette zone en point fort. Il accède au glacier avec une efficacité remarquable, tout en conservant assez de fraîcheur pour la haute montagne.
Entre La Jonction et les Grands Mulets, il reste très compétitif sans être le meilleur. Il ne domine pas chaque tronçon, mais il ne connaît aucun passage faible. Cette absence de rupture est essentielle. Védrines est meilleur entre La Jonction et les Grands Mulets ; Jack Kuenzle est très performant sur Grands Mulets → Petit Plateau ; Jacquemoud et Équy seront ensuite capables d'une densité encore plus forte en 2026. Mais Boffelli garde toujours le contact, et surtout il reprend l'avantage dans les secteurs clés du haut.
Le cœur de son record se situe probablement entre Petit Plateau, Grand Plateau, Vallot et le sommet. Il est le meilleur sur Petit Plateau → Grand Plateau, le meilleur sur Grand Plateau → Vallot, puis le meilleur sur Vallot → Sommet. Ces trois passages disent beaucoup de son niveau réel. Alors que l'altitude devrait ralentir la progression, il continue à avancer avec des VAM supérieures ou proches de 900 à 1 000 m/h. Sur l'arête des Bosses, il conserve une efficacité exceptionnelle. Là où d'autres athlètes subissent le final, lui l'utilise comme un secteur de gain. C'est probablement la grande différence avec Védrines : l'option classique par Vallot, souvent perçue comme plus longue, devient très rentable lorsqu'elle est parcourue avec une telle cadence.
La descente de Boffelli est également de très haut niveau, même si elle n'est pas aussi dominante que celle de Védrines sur les premiers tronçons depuis le sommet. Il bascule vite vers le Grand Plateau, reste très performant dans les grandes pentes supérieures, puis limite les pertes dans les zones plus basses. Sa descente totale estimée à 1 h 02 min 20 s est quasiment équivalente à celle de Védrines. Cela signifie que son record ne vient pas d'une descente radicalement plus rapide, mais d'une montée plus efficace, notamment dans le haut. Il descend assez vite pour défendre l'avance acquise, sans avoir besoin de prendre tous les risques sur chaque mètre.
En résumé, William Boffelli réalise une tentative extrêmement équilibrée, bâtie sur une montée d'une régularité rare et sur un final sommital exceptionnel. Son choix de rester par Vallot et l'arête des Bosses démontre que l'itinéraire classique reste redoutable lorsque les conditions et l'exécution sont optimales. Sa performance est un modèle de rendement : pas de grand temps faible, plusieurs meilleurs passages décisifs à la montée, une descente rapide mais maîtrisée, et une capacité à conserver de la vitesse jusqu'à Chamonix. C'est une tentative de référence pour comprendre que le record du mont Blanc à ski se gagne d'abord par la continuité de la montée, puis se valide par une descente sans rupture.
Méthode de données : cette fiche est calculée à partir des activités Strava de William Boffelli, synchronisées avec les temps officiels de la tentative.