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Femmes · À ski  ·  #05 au classement absolu Élise Poncet

16 mai 2025  ·  Aller-retour Chamonix – Mont-Blanc – Chamonix.

Temps total
6h54'47"
Au sommet
5h30'32"
Descente
1h24'15"
Distance
34,43 km
VAM montée
684 m/h
V. desc. moy.
2 682 m/h
Voir sur la carte interactive Trace Strava Voir la trace GPX
Synthèse

La tentative d'Élise Poncet constitue la référence féminine la plus aboutie de l'échantillon à ski. Son temps officiel de 6 h 54 min 47 s ne se distingue pas seulement par le résultat final : il montre une performance construite avec une vraie cohérence entre montée, gestion de l'altitude, choix d'itinéraire et descente. Comparée à Anna DeMonte et Anne-Lise Desjacques, Élise Poncet ne se contente pas d'être plus rapide sur un secteur isolé ; elle réduit les pertes presque partout et transforme surtout la descente en avantage décisif. C'est cette continuité qui fait de sa tentative une référence féminine beaucoup plus solide qu'un simple coup de force ponctuel.

Sa montée estimée autour de 5 h 30 min 32 s est légèrement plus lente que celle d'Anne-Lise Desjacques dans les données disponibles, mais elle reste nettement meilleure que celle d'Anna DeMonte. Cette nuance est importante : Élise ne construit pas son record uniquement par une montée écrasante. Elle bâtit une montée suffisamment rapide, régulière et sûre pour arriver au sommet en position favorable, puis elle fait la différence par une descente très efficace. C'est un profil de record à ski très lisible : ne pas nécessairement être la plus rapide absolue sur chaque portion montante, mais ne jamais perdre trop de temps, puis exploiter pleinement les sections skiables au retour.

Le départ est plus maîtrisé que spectaculaire. Sur les premiers tronçons, entre l'église, le Tunnel et La Para, elle n'est pas au niveau des meilleurs hommes à ski, qui partent à une intensité beaucoup plus agressive. En revanche, par rapport aux autres performances féminines à ski, elle reste dans une fenêtre compétitive. Le défi du mont Blanc depuis Chamonix ne se gagne pas dans les trois premiers kilomètres, mais on peut déjà le perdre si l'on part trop lentement ou si l'on accumule une dette énergétique excessive. Élise semble choisir une approche équilibrée : suffisamment rapide pour ne pas s'exclure du record, mais sans surpayer le début.

La partie glaciaire médiane est l'un des points les plus importants de sa tentative. Entre La Para, le glacier des Bossons, La Jonction et les Grands Mulets, elle montre une progression plus fluide qu'Anna DeMonte et comparable, par moments, à Anne-Lise Desjacques. Ce secteur est souvent celui où les tentatives féminines à ski perdent beaucoup de temps, car le ski n'y est pas toujours un avantage net : il faut gérer les conversions, les ponts de neige, les détours imposés par les crevasses, les changements de rythme et parfois une neige qui ne porte pas comme prévu. Élise traverse cette zone sans rupture majeure, ce qui est décisif. Elle ne produit pas les temps stratosphériques de Boffelli, Védrines ou Jacquemoud–Équy, mais elle évite les pertes massives qui pèsent sur d'autres tentatives.

Au-dessus des Grands Mulets, la lecture devient plus contrastée. Comme la majorité des skieurs de l'échantillon, elle choisit le passage par Petit Plateau, Grand Plateau, Vallot et l'arête des Bosses. Cette option est moins directe que le Corridor choisi par Benjamin Védrines, mais elle reste la ligne de référence la plus lisible et la plus cohérente pour une tentative à ski lorsque les conditions sont favorables. Élise y maintient une progression solide, sans produire un écart spectaculaire. Le haut de la montagne reste coûteux : l'altitude, le vent, la fatigue et la pente finale vers l'arête des Bosses imposent une gestion prudente. Son final vers le sommet montre davantage une performance de résistance et de maîtrise qu'une accélération décisive.

C'est à la descente que son record prend toute sa dimension. Avec une descente estimée autour de 1 h 24 min 15 s, elle est beaucoup plus rapide qu'une tentative à pied comme celle d'Hillary Gerardi, et elle fait mieux qu'Anna DeMonte et Anne-Lise Desjacques sur l'ensemble du retour. Le ski joue ici pleinement son rôle, mais il ne suffit pas d'avoir des skis : il faut savoir relier les grandes sections de glisse, franchir les zones mixtes, gérer les transitions et rester rapide dans le bas. Élise est particulièrement intéressante parce qu'elle ne semble pas seulement gagner du temps dans les pentes hautes ; elle conserve une bonne continuité jusqu'à Chamonix. C'est précisément ce qui manque aux tentatives féminines moins rapides, qui perdent souvent beaucoup entre le glacier des Bossons, La Para, le Tunnel et l'église.

La comparaison avec les hommes à ski montre évidemment un écart important, surtout sur les vitesses ascensionnelles et les descentes très engagées. Benjamin Védrines, par exemple, est nettement plus rapide sur les premiers grands tronçons de descente depuis le sommet. William Boffelli et Jacquemoud–Équy montent également avec une densité supérieure, en particulier dans les secteurs où l'altitude devrait normalement ralentir tout le monde. Mais la comparaison la plus pertinente pour Élise est celle avec les autres références féminines : elle transforme une montée très solide en record grâce à une descente mieux conduite, plus homogène et plus efficace.

En résumé, Élise Poncet signe une tentative extrêmement complète. Elle ne domine pas chaque secteur, mais elle possède le profil le plus équilibré parmi les performances féminines à ski : assez rapide à la montée, relativement propre dans les secteurs glaciaires, solide dans le haut, puis nettement supérieure dans la descente et les transitions. Son record montre que, chez les femmes à ski, le levier principal n'est pas seulement de gagner quelques minutes au sommet, mais de construire une tentative sans trou d'air et de convertir l'avantage du ski jusqu'au bout. C'est une performance de maturité alpine autant que de puissance sportive.

Tronçon par tronçon

Décomposition de la course

Tronçon 01
Eglise → Tunnel
Montée
Durée
0h22'41"
Distance
3,46 km
Dénivelé
+219 m
Vitesse
9,2 km/h
VAM
580 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +5m 36s Écart à la médiane : +3m 04s

Le départ d'Élise Poncet entre l'église de Chamonix et le Tunnel est contrôlé, sans être lent. Elle met 22 min 41 s sur ce premier tronçon, ce qui la place derrière les meilleurs hommes à ski, mais dans une zone plus compétitive que les départs très prudents d'Anna DeMonte ou d'Anne-Lise Desjacques. La vitesse moyenne, supérieure à 9 km/h, montre une vraie capacité à avancer vite sur la portion basse malgré le matériel.

Ce secteur est moins alpin que la suite, mais il est important parce qu'il donne le ton. Les meilleurs hommes, notamment Mathéo Jacquemoud et Benjamin Védrines, l'utilisent comme une rampe d'accélération et y gagnent déjà plusieurs minutes. Élise ne cherche pas à suivre ce rythme extrême ; elle installe un effort plus mesuré, probablement plus compatible avec une tentative féminine longue et avec la nécessité de garder de la fraîcheur pour les sections glaciaires.

Dans la comparaison féminine, ce passage est plutôt correct. Elle ne crée pas encore son avantage, mais elle évite de perdre trop de temps. C'est un départ de record bien géré : assez rapide pour rester dans le match, suffisamment prudent pour ne pas compromettre la montée.

Tronçon 02
Tunnel → La Para
Montée
Durée
0h23'36"
Distance
1,59 km
Dénivelé
+435 m
Vitesse
4,0 km/h
VAM
1 106 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +5m 14s Écart à la médiane : +3m 42s

Le tronçon Tunnel → La Para est plus vertical et donne une première mesure de la puissance ascensionnelle. Élise Poncet y produit une VAM supérieure à 1 100 m/h, ce qui est très solide. Même si elle reste derrière les meilleurs hommes, elle se situe dans une dynamique beaucoup plus favorable que les tentatives féminines plus lentes.

Elle concède plus de cinq minutes à William Boffelli, meilleur sur ce secteur, mais la comparaison avec les femmes est plus intéressante : ce passage confirme qu'elle dispose d'un vrai moteur vertical. Contrairement à une stratégie trop conservatrice, elle ne laisse pas la pente l'endormir ; elle continue à monter avec une intensité élevée.

Ce tronçon est un bon indicateur de son style général. Élise ne domine pas par une attaque brutale, mais par une capacité à rester efficace. La Para marque l'entrée vers des terrains plus irréguliers ; y arriver sans avoir surpayé l'effort, tout en ayant gardé un rythme soutenu, est une très bonne base pour la suite.

Tronçon 03
La Para → Glacier des Bossons
Montée
Durée
0h56'18"
Distance
3,04 km
Dénivelé
+815 m
Vitesse
3,2 km/h
VAM
868 m/h
Rang 5 / 9 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +13m 53s Écart à la médiane : +7m 10s

La Para → Glacier des Bossons est l'un des secteurs les plus révélateurs de la tentative d'Élise Poncet. On quitte progressivement l'approche pour entrer dans un terrain où la ligne, la neige et l'état du glacier conditionnent fortement la vitesse. Avec 56 min 18 s et une VAM proche de 868 m/h, Élise réalise un passage solide.

Elle reste loin des meilleurs hommes, notamment William Boffelli, mais son classement relatif est meilleur que celui d'Anna DeMonte et d'Anne-Lise Desjacques sur des secteurs comparables. C'est important : cette portion avait coûté très cher à Anna, tandis qu'Élise y limite mieux les pertes. Elle montre une progression plus fluide dans la transition vers le terrain glaciaire.

Le choix de ligne entre La Para et le glacier peut faire varier fortement le temps. Une coupe plus directe peut être très rentable si les conditions sont bonnes, mais elle peut aussi devenir coûteuse si la neige est mauvaise ou si le terrain impose des détours. Élise semble avoir trouvé un compromis efficace : pas le passage le plus rapide de la base, mais un passage suffisamment propre pour construire une montée de record féminin.

Tronçon 04
Glacier des Bossons → La Jonction
Montée
Durée
0h15'31"
Distance
1,40 km
Dénivelé
+206 m
Vitesse
5,4 km/h
VAM
795 m/h
Rang 5 / 9 Meilleur : Samuel Equy Écart au meilleur : +3m 25s Écart à la médiane : +1m 41s

Le passage Glacier des Bossons → La Jonction est court mais stratégique. Il s'agit d'une zone où le glacier impose ses contraintes : crevasses, ponts de neige, détours possibles, et choix entre des variantes plus hautes ou plus basses selon l'état du moment. Élise Poncet y met 15 min 31 s, ce qui correspond à un passage plutôt efficace.

Elle perd un peu plus de trois minutes sur Samuel Équy, meilleur passage comparable, mais reste proche du cœur de l'échantillon. Par rapport aux autres tentatives féminines à ski, elle semble plus fluide, ou du moins moins pénalisée. Ce n'est pas un tronçon où elle crée un écart décisif, mais c'est un tronçon où elle ne compromet pas sa tentative.

C'est précisément ce genre de secteur qui distingue une tentative complète d'une tentative irrégulière. La Jonction peut coûter très cher si la ligne est mauvaise ou si la progression devient hachée. Élise y reste dans une logique de continuité, ce qui compte autant que la vitesse pure.

Tronçon 05
La Jonction → Grands Mulets
Montée
Durée
0h19'42"
Distance
1,22 km
Dénivelé
+263 m
Vitesse
3,7 km/h
VAM
802 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +4m 04s Écart à la médiane : +1m 11s

La Jonction → Grands Mulets est une portion courte, mais très significative dans la lecture d'une tentative. Benjamin Védrines y signe le meilleur temps de l'échantillon, preuve que ce secteur peut être traversé très vite lorsque la ligne et l'engagement sont parfaits. Élise Poncet y met 19 min 42 s, avec une VAM d'environ 802 m/h.

Son classement reste intermédiaire, mais l'écart à la médiane est relativement limité. Cette donnée est importante : elle ne domine pas, mais elle ne perd pas non plus de grosses minutes. Comparée à Anna DeMonte, qui avait beaucoup souffert sur ce passage, Élise est nettement plus efficace.

Ce tronçon marque aussi l'entrée vers les grands plateaux supérieurs. Arriver aux Grands Mulets sans avoir trop subi La Jonction est essentiel pour la suite. Élise semble ici préserver l'équilibre de sa tentative : progression sûre, rythme encore correct, et absence de rupture majeure.

Tronçon 06
Grands Mulets → Petit Plateau
Montée
Durée
0h51'22"
Distance
2,50 km
Dénivelé
+648 m
Vitesse
2,9 km/h
VAM
757 m/h
Rang 6 / 8 Meilleur : Jack Kuenzle Écart au meilleur : +20m 45s Écart à la médiane : +15m 31s

Le tronçon Grands Mulets → Petit Plateau est l'un des plus exigeants de la montée. Il combine longueur, pente, altitude croissante et progression glaciaire. Élise Poncet y met 51 min 22 s, avec une VAM d'environ 757 m/h. En valeur absolue, c'est une belle performance ; dans le contexte des meilleurs temps de l'échantillon, elle reste en retrait.

Elle concède plus de 20 minutes à Jack Kuenzle, meilleur passage comparable, et plus de 15 minutes à la médiane. Cela montre l'écart très important qui existe entre les meilleurs hommes et les références féminines à ski dans les grands tronçons verticaux. Mais la comparaison avec Anna DeMonte et Anne-Lise Desjacques montre qu'Élise reste plus proche d'une montée de record féminin : elle ne s'effondre pas dans cette longue portion.

Ce secteur explique pourquoi son record repose ensuite beaucoup sur la descente. Élise monte bien, mais elle ne produit pas une montée écrasante. Elle conserve cependant suffisamment de régularité pour atteindre le haut dans une fenêtre chronométrique exploitable. C'est un passage de résistance, pas un passage de domination.

Tronçon 07
Petit Plateau → Grand Plateau
Montée
Durée
0h20'18"
Distance
1,10 km
Dénivelé
+254 m
Vitesse
3,3 km/h
VAM
752 m/h
Rang 5 / 8 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +4m 01s Écart à la médiane : +2m 50s

Entre le Petit Plateau et le Grand Plateau, Élise Poncet maintient une progression solide. Elle met 20 min 18 s, avec une VAM d'environ 752 m/h. Ce passage est plus court que le précédent, mais il arrive à un moment où l'altitude commence à peser fortement et où l'on prépare les choix finaux vers Vallot ou le Corridor.

Elle reste derrière William Boffelli et les meilleurs hommes, mais son retard sur la médiane est plus modéré que sur Grands Mulets → Petit Plateau. Cela suggère une bonne capacité à conserver le rythme dans la haute montagne, sans grande accélération mais sans véritable décrochage.

Ce tronçon est représentatif de son record : pas de flamboyance statistique, mais une montée propre. Élise ne gagne pas son record féminin par un seul secteur exceptionnel ; elle le construit en restant suffisamment régulière pour que la descente puisse ensuite faire la différence.

Tronçon 08
Grand Plateau → Vallot
Montée
Durée
0h42'12"
Distance
1,96 km
Dénivelé
+440 m
Vitesse
2,8 km/h
VAM
625 m/h
Rang 6 / 7 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +14m 22s Écart à la médiane : +11m 39s

Le tronçon Grand Plateau → Vallot est l'un des passages où la tentative d'Élise Poncet devient plus défensive. Elle reste sur l'itinéraire classique par Vallot et l'arête des Bosses, comme la plupart des skieurs de l'échantillon, et non sur l'option plus directe du Corridor choisie par Benjamin Védrines. Ce choix est cohérent pour une tentative féminine de record : il privilégie une ligne lisible, éprouvée, avec un final plus classique, mais il impose aussi un allongement et une progression soutenue en altitude.

Élise met 42 min 12 s sur ce secteur, avec une VAM d'environ 625 m/h. Ce chiffre reste solide à cette altitude, mais la comparaison montre qu'elle perd du terrain face aux meilleures références masculines et même face au centre de l'échantillon. Elle concède plus de 14 minutes à William Boffelli, meilleur sur ce tronçon, et près de 12 minutes à la médiane. Cette perte relative ne remet pas en cause son record féminin, mais elle montre que le haut de la montée n'est pas son secteur le plus explosif.

Sur le terrain, ce passage demande une gestion très fine de l'effort. Après les grands plateaux, l'altitude pèse davantage, la pente se redresse, et la trace peut imposer une succession de conversions coûteuses. Pour Élise, la performance semble davantage relever d'une progression régulière et maîtrisée que d'une attaque franche. Elle ne cherche pas à prendre tous les risques ni à forcer une ligne plus directe ; elle construit son record par continuité, en conservant assez d'énergie pour atteindre le sommet puis descendre efficacement. Ce tronçon illustre donc une stratégie de solidité plus que de rupture.

Tronçon 09
Vallot → Sommet
Montée
Durée
0h47'48"
Distance
1,63 km
Dénivelé
+458 m
Vitesse
2,0 km/h
VAM
574 m/h
Rang 5 / 8 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +15m 29s Écart à la médiane : +6m 23s

Le final Vallot → Sommet est une portion capitale pour comprendre la qualité de la tentative d'Élise Poncet. Ce tronçon concentre tout ce que le mont Blanc impose de plus difficile dans une tentative de record : altitude élevée, fatigue déjà accumulée, pente finale, exposition, gestion du matériel de ski et nécessité de rester lucide jusqu'au sommet. Élise le parcourt en 47 min 48 s, avec une VAM d'environ 574 m/h.

Comparativement, elle reste loin du meilleur passage masculin, celui de William Boffelli, mais elle se situe mieux que sur le tronçon précédent par rapport au groupe. Elle concède environ 15 min 29 s au meilleur, mais seulement un peu plus de 6 minutes à la médiane. Ce point est important : dans le final sommital, Élise limite mieux la casse que sur Grand Plateau → Vallot. Elle garde une progression stable alors que beaucoup d'athlètes peuvent fortement ralentir au-dessus de 4 300 m.

Le choix de l'arête des Bosses est ici cohérent. Il ne donne pas la ligne la plus directe possible, mais il offre une montée connue et plus lisible que le Corridor dans de nombreuses conditions. Pour une tentative féminine de référence, cette stabilité stratégique compte beaucoup. Élise n'a pas besoin de prendre une option extrême pour gagner son record : elle doit éviter les erreurs, maintenir le rythme, atteindre le sommet sans dette excessive, puis exploiter la descente. Ce tronçon montre une athlète capable de rester efficace dans l'altitude, même sans produire les vitesses ascensionnelles extraordinaires des meilleurs hommes.

Tronçon 10
Sommet → Grand Plateau
Bascule sommet
Durée
0h12'36"
Distance
2,96 km
Dénivelé
-898 m
Vitesse
14,1 km/h
VAM
-4 276 m/h
Rang 6 / 8 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +5m 42s Écart à la médiane : +2m 14s

La bascule Sommet → Grand Plateau est le premier grand moment où le ski peut transformer la physionomie du chrono. Après une montée de plus de cinq heures, Élise Poncet doit immédiatement passer d'un effort ascensionnel lent et coûteux à une descente rapide, engagée et techniquement exigeante. Elle met 12 min 36 s sur ce tronçon, ce qui représente une descente déjà très rapide en valeur absolue, avec près de 900 m de dénivelé négatif avalés à plus de 4 200 m/h de vitesse verticale.

La comparaison avec Benjamin Védrines, meilleur sur ce tronçon, montre cependant l'écart qui existe avec les descentes masculines les plus engagées : elle lui rend un peu plus de 5 min 40 s. Elle est aussi plus lente que la médiane d'environ 2 min 13 s. Cela ne signifie pas que sa descente soit faible ; cela montre surtout que les meilleurs hommes basculent du sommet avec une agressivité et une fluidité exceptionnelles.

Pour Élise, ce passage reste très important dans la construction du record féminin. Elle descend plus rapidement qu'une tentative à pied ne pourrait le faire et commence immédiatement à convertir l'avantage du ski. En revanche, elle ne transforme pas cette première pente en rupture aussi violente que Védrines ou Boffelli. Sa descente est efficace, mais encore contrôlée. Cette nuance correspond bien à l'ensemble de sa tentative : un record féminin bâti sur la continuité, la sécurité relative et l'efficacité globale, plutôt que sur un engagement maximal à chaque portion.

Tronçon 11
Grand Plateau → Petit Plateau
Descente
Durée
0h02'39"
Distance
1,04 km
Dénivelé
-279 m
Vitesse
23,6 km/h
VAM
-6 327 m/h
Rang 4 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +54s Écart à la médiane : −5s

Grand Plateau → Petit Plateau est l'un des meilleurs tronçons relatifs d'Élise Poncet dans la descente. Elle met 2 min 39 s, avec une vitesse horizontale supérieure à 23 km/h et une vitesse verticale négative de plus de 6 300 m/h. Elle se classe quatrième sur neuf passages comparables et fait légèrement mieux que la médiane.

Ce passage montre que, sur une pente ouverte et lisible, Élise exploite très bien l'avantage du ski. Elle reste derrière Benjamin Védrines, dont la descente dans cette partie est exceptionnelle, mais elle se rapproche nettement du groupe des meilleurs. C'est précisément ce type de tronçon qui explique pourquoi son record féminin à ski est très supérieur aux références féminines à pied : dès que le terrain permet de glisser, elle convertit efficacement le dénivelé en vitesse.

Sur le plan stratégique, ce secteur est un vrai point fort. Après une bascule depuis le sommet plutôt contrôlée, elle retrouve ici davantage de fluidité. Cela suggère qu'elle est plus performante lorsque le terrain est moins exposé et que la trajectoire devient plus évidente. C'est une descente rapide, propre, sans signe de rupture de rythme.

Tronçon 12
Petit Plateau → La Jonction
Descente
Durée
0h10'53"
Distance
2,85 km
Dénivelé
-888 m
Vitesse
15,7 km/h
VAM
-4 894 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +4m 09s Écart à la médiane : +1m 51s

Le tronçon Petit Plateau → La Jonction est plus long, plus technique, et demande une véritable continuité de descente. Élise Poncet y met 10 min 53 s. La vitesse verticale, proche de -4 900 m/h, reste très élevée, mais la comparaison la place plutôt dans le second groupe : elle concède un peu plus de 4 minutes à Benjamin Védrines et près de 2 minutes à la médiane.

Ce secteur demande de combiner vitesse, précision et lecture du glacier. Il ne suffit pas de laisser filer les skis : il faut choisir la bonne ligne, anticiper les zones crevassées, éviter les ruptures trop fortes et conserver de la glisse. Les meilleurs hommes, notamment Védrines, y imposent une vitesse très supérieure. Élise descend vite, mais avec une marge de prudence plus visible.

Cette prudence est compréhensible. Dans une tentative féminine de record, l'objectif n'est pas seulement de gagner quelques secondes sur une ligne engagée, mais de ramener l'ensemble de la tentative jusqu'à Chamonix. Élise y perd du temps relativement aux meilleurs, mais elle conserve une descente efficace, sans effondrement. Le tronçon participe à son record, même s'il ne constitue pas son plus grand avantage comparatif.

Tronçon 13
La Jonction → Glacier des Bossons
Descente
Durée
0h02'32"
Distance
1,34 km
Dénivelé
-202 m
Vitesse
31,7 km/h
VAM
-4 787 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : Samuel Equy Écart au meilleur : +35s Écart à la médiane : +8s

La Jonction → Glacier des Bossons est un tronçon court mais très rapide, où les écarts absolus se jouent souvent en secondes. Élise Poncet le parcourt en 2 min 32 s, à plus de 31 km/h de moyenne. Malgré cette vitesse élevée, elle n'est que septième sur neuf, ce qui montre à quel point ce passage est rapide chez l'ensemble des skieurs analysés.

L'écart au meilleur, Samuel Équy, n'est que de 35 secondes, et l'écart à la médiane de 8 secondes seulement. Il faut donc interpréter ce classement avec prudence : Élise n'est pas réellement en difficulté ici. Elle reste très proche du niveau collectif, dans une zone où la moindre variation de ligne ou de qualité de neige peut modifier le rang.

Ce passage confirme une descente solide et régulière. Après un tronçon Petit Plateau → La Jonction un peu moins compétitif, elle retrouve ici une vitesse très correcte. Dans le récit de sa tentative, ce n'est pas un secteur décisif de gain, mais c'est un secteur où elle évite de perdre beaucoup de temps.

Tronçon 14
Glacier des Bossons → La Para
Descente
Durée
0h26'04"
Distance
3,00 km
Dénivelé
-827 m
Vitesse
6,9 km/h
VAM
-1 904 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +10m 59s Écart à la médiane : +4m 29s

Le tronçon Glacier des Bossons → La Para est l'un des passages les plus importants de la descente basse. C'est ici que l'avantage du ski se complique : la neige peut devenir moins continue, les sections mixtes se multiplient, et la descente demande autant de sens de la transition que de technique de glisse. Élise Poncet met 26 min 04 s, ce qui la place dans le second groupe de l'échantillon.

Elle perd près de 11 minutes sur Mathéo Jacquemoud, meilleur sur ce secteur, et environ 4 min 29 s sur la médiane. C'est une perte significative. Elle ne remet pas en cause son record féminin, mais elle montre que le bas de l'itinéraire reste un endroit où les meilleures références masculines gagnent énormément de temps. Jacquemoud, en particulier, semble très performant dans ces zones hybrides où il faut alterner glisse, portage, course et relance.

Pour Élise, ce passage est moins fluide que les tronçons ouverts de la haute descente. Il révèle une limite classique des tentatives à ski : lorsque la glisse cesse d'être continue, l'avantage du matériel diminue et peut même devenir une contrainte. Une amélioration de ce secteur serait probablement l'une des clés pour abaisser encore le record féminin.

Tronçon 15
La Para → Tunnel
Descente
Durée
0h11'31"
Distance
1,46 km
Dénivelé
-430 m
Vitesse
7,6 km/h
VAM
-2 239 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : Jack Kuenzle Écart au meilleur : +2m 49s Écart à la médiane : +1m 22s

La Para → Tunnel est une section de retour où l'on quitte progressivement la logique de grande descente alpine. Le terrain devient plus bas, plus mixte, et la performance dépend surtout de la capacité à enchaîner sans temps mort. Élise met 11 min 31 s, avec une vitesse moyenne d'environ 7,6 km/h.

Elle concède 2 min 49 s à Jack Kuenzle, meilleur sur ce tronçon, et un peu plus d'une minute à la médiane. Ce n'est pas une énorme perte, mais ce n'est pas non plus un secteur de gain. Elle reste dans une descente correcte, sans être aussi fluide que les meilleurs dans les transitions basses.

Ce passage confirme que son record se construit surtout par une bonne montée et une descente efficace dans les portions skiantes, mais pas par une domination du retour final. Pour gagner encore du temps, il faudrait probablement optimiser ces sections où le ski devient moins rentable : portage plus rapide, choix de chaussures, anticipation des transitions, et relance plus agressive dès que le terrain le permet.

Tronçon 16
Tunnel → Eglise
Descente
Durée
0h16'00"
Distance
3,33 km
Dénivelé
-218 m
Vitesse
12,5 km/h
VAM
-819 m/h
Rang 5 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +3m 08s Écart à la médiane : +1m 20s

Le dernier tronçon Tunnel → Église est souvent le juge de paix mental d'une tentative : la montagne est derrière, mais le chrono continue. Élise Poncet met 16 minutes exactement sur ce retour final, ce qui la place cinquième sur neuf passages comparables. Elle perd un peu plus de 3 minutes sur Mathéo Jacquemoud, meilleur sur ce final, et environ 1 min 20 s sur la médiane.

Ce résultat est plutôt bon pour une tentative féminine à ski. Contrairement à Anna DeMonte ou Anne-Lise Desjacques, qui perdent davantage dans le retour vers Chamonix, Élise maintient une vitesse correcte jusqu'à l'église. Cela montre une bonne capacité de relance après la descente, et surtout une meilleure gestion des transitions finales.

Ce passage contribue directement à la qualité de son record. Elle ne termine pas avec un effondrement ; elle garde assez de vitesse pour convertir sa montée et sa descente en chrono final très solide. Dans une perspective d'amélioration, il reste encore quelques minutes à aller chercher par rapport aux meilleurs hommes, mais pour le record féminin, ce final est l'un des signes de maturité de sa tentative.

Notes méthodologiques

  • · Les comparaisons de rang sont calculées uniquement entre tentatives disposant de passages comparables sur le même tronçon.
  • · Les temps officiels du fichier Excel priment sur les éventuelles différences présentes dans les traces GPX.
  • · Les distances et dénivelés proviennent de l'exploitation des traces GPS et peuvent varier légèrement selon la qualité du signal, les pauses, les transitions et les écarts entre le point GPS le plus proche et le point de passage théorique.
  • · Les analyses interprètent les chiffres à la lumière des options d'itinéraire connues : voie des Grands Mulets, passage par Petit Plateau et Grand Plateau, montée finale par Vallot et arête des Bosses, descente à ski par la face nord puis retour par l'itinéraire de montée.