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Femmes · À ski  ·  #08 au classement absolu Anna DeMonte

5 juin 2024  ·  Aller-retour Chamonix – Mont-Blanc – Chamonix.

Temps total
7h29'54"
Au sommet
5h54'36"
Descente
1h35'18"
Distance
34,99 km
VAM montée
637 m/h
V. desc. moy.
2 371 m/h
Voir sur la carte interactive Trace Strava Voir la trace GPX
Synthèse

La tentative d'Anna DeMonte constitue une performance importante dans l'histoire récente du record féminin à ski sur le mont Blanc, même si elle ne représente pas le meilleur temps de l'échantillon analysé. Son temps officiel de 7 h 29 min 54 s la place dans une zone très intéressante : elle est nettement plus rapide qu'une tentative féminine à pied classique sur la descente, mais elle ne parvient pas à transformer l'avantage du ski en gain suffisant pour rivaliser avec les meilleures références féminines ultérieures, notamment Élise Poncet, ni avec la densité de montée observée chez Anne-Lise Desjacques dans les données disponibles. Sa tentative montre très bien l'ambivalence du ski sur ce défi : il offre un avantage déterminant dès que la pente permet de glisser, mais il pénalise la montée si la trace est mauvaise, si les conversions sont nombreuses, si l'itinéraire impose des zones techniques, ou si la neige oblige à une progression moins directe.

La montée d'Anna DeMonte, estimée autour de 5 h 54 min 36 s par la trace, est le point qui limite principalement son résultat final. Sa VAM moyenne globale de montée, autour de 637 m/h, reste solide au regard de la longueur de l'effort, de l'altitude et du matériel porté, mais elle est en retrait par rapport aux meilleures performances féminines à ski de la base. Élise Poncet atteint le sommet plus rapidement et transforme ensuite son avantage en record grâce à une descente également plus efficace. Anne-Lise Desjacques apparaît elle aussi plus dense à la montée dans les données disponibles, avec un passage au sommet plus rapide. Ce déficit ne doit pas être lu comme une faiblesse générale : il traduit surtout une tentative où plusieurs secteurs intermédiaires semblent coûter cher, notamment entre La Para, le glacier des Bossons, La Jonction et les Grands Mulets, c'est-à-dire dans la partie où le terrain devient réellement alpin et où la qualité de la trace, l'état du glacier et les choix de ligne peuvent faire varier fortement la vitesse.

L'analyse tronçon par tronçon montre que la performance d'Anna DeMonte est loin d'être homogène. Le début de montée est prudent, sans être catastrophique. Le passage Tunnel → La Para affiche même une VAM élevée, au-dessus de 1 000 m/h, ce qui indique une vraie capacité de puissance sur pente soutenue. En revanche, le cœur de la montée glaciaire lui coûte beaucoup de temps par rapport aux meilleures références. Le secteur La Para → Glacier des Bossons, puis le passage Glacier des Bossons → La Jonction → Grands Mulets, la placent régulièrement en queue de classement parmi les tentatives comparables. C'est probablement là que se joue l'essentiel de l'écart : cette portion combine recherche d'itinéraire, ruptures de pente, changements de neige, zones crevassées, et parfois une progression moins fluide à skis. Sur ce type de terrain, un athlète très fort physiquement peut perdre beaucoup si la ligne impose trop de détours ou si la neige ne porte pas correctement.

Le haut de la montée, de Grand Plateau à Vallot puis au sommet, confirme une performance courageuse mais moins tranchante que celles des meilleures références. Le choix de passer par Vallot et l'arête des Bosses est cohérent avec la majorité des tentatives à ski analysées, à l'exception notable de Benjamin Védrines qui choisit le Corridor et le mur de la Côte. Pour Anna DeMonte, ce choix classique privilégie la sécurité relative et la lisibilité de l'itinéraire, mais il impose un final long, exposé à l'altitude, avec une pente qui ne permet pas toujours de conserver une cadence régulière. Son tronçon Vallot → Sommet est particulièrement coûteux : la vitesse horizontale devient faible et la VAM descend sous les 500 m/h. Cela suggère un final éprouvant, où l'altitude, l'état de la neige et la fatigue accumulée pèsent lourdement.

La descente révèle mieux l'intérêt du ski. Avec 1 h 35 min 18 s estimées entre le sommet et l'église, Anna DeMonte descend beaucoup plus vite qu'une tentative à pied comme celle d'Hillary Gerardi, mais elle reste derrière les meilleures skieuses et très loin des descentes masculines les plus rapides. Son meilleur secteur relatif est La Jonction → Glacier des Bossons, où elle signe un passage très compétitif, proche des meilleurs temps de l'échantillon. Cela montre qu'elle possède une vraie qualité de glisse lorsque le terrain devient favorable et que la ligne est lisible. À l'inverse, elle perd beaucoup de temps dans le bas de la descente, notamment entre Glacier des Bossons et La Para, puis dans le retour vers le Tunnel et l'église. Ces secteurs sont souvent moins spectaculaires que la haute montagne, mais ils sont décisifs : transitions, déchaussages éventuels, neige discontinue, portions à pied ou sur sentier, fatigue musculaire et relance sur terrain moins skiant peuvent y coûter plusieurs minutes.

En résumé, la tentative d'Anna DeMonte est celle d'une athlète capable de produire une performance alpine complète, mais dont le chrono final semble avoir été freiné par deux familles de facteurs : une montée glaciaire trop coûteuse dans la partie médiane, puis une descente efficace en altitude mais moins fluide dans le bas. Elle illustre parfaitement que le record du mont Blanc à ski ne se gagne pas uniquement par la vitesse de descente : il exige une montée très proche du niveau des meilleurs alpinistes-skieurs, une lecture parfaite de La Jonction et des plateaux, et une capacité à ne pas perdre de temps lorsque la glisse cesse d'être évidente. Sa performance reste donc une référence utile pour comprendre les marges de progression possibles chez les femmes à ski : les gains ne se situent pas seulement au sommet ou dans la face nord, mais surtout dans la continuité de l'effort entre la sortie de Chamonix, l'accès au glacier, les Grands Mulets et le retour final vers l'église.

Méthode de données : cette fiche est calculée à partir des activités Strava de Anna DeMonte, synchronisées avec les temps officiels de la tentative.

Tronçon par tronçon

Décomposition de la course

Tronçon 01
Eglise → Tunnel
Montée
Durée
0h25'28"
Distance
3,52 km
Dénivelé
+218 m
Vitesse
8,3 km/h
VAM
513 m/h
Rang 8 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +8m 23s Écart à la médiane : +5m 51s

Le départ entre l'église de Chamonix et le secteur du Tunnel est un tronçon de mise en route, mais il compte beaucoup plus qu'il n'y paraît. Il ne s'agit pas encore de haute montagne : on est dans une approche roulante, avec une pente modérée, où les meilleurs peuvent déjà installer un rythme très élevé sans accumuler trop de dette énergétique. Anna DeMonte met 25 min 28 s sur ce secteur, soit un passage relativement prudent par rapport aux meilleures références de la base. Elle concède plus de huit minutes au meilleur temps comparable, celui de Mathéo Jacquemoud, et plus de cinq minutes à la médiane du secteur.

Cette perte initiale ne signifie pas nécessairement qu'elle est déjà en difficulté. Sur une tentative féminine à ski, un départ plus mesuré peut être volontaire : il faut préserver la montée longue, l'altitude, les conversions et les passages glaciaires. Mais dans une logique de record, ce premier secteur fixe déjà une tendance. Les meilleurs hommes à ski utilisent cette portion comme une rampe de lancement et arrivent au Tunnel avec beaucoup de vitesse sans avoir encore subi les contraintes de l'altitude. Anna, elle, laisse déjà une marge significative. Sur le plan stratégique, cela suggère soit une volonté de gestion, soit des conditions de départ moins rapides, soit simplement une différence de densité athlétique sur les portions peu techniques où la vitesse pure compte davantage.

Tronçon 02
Tunnel → La Para
Montée
Durée
0h24'48"
Distance
1,61 km
Dénivelé
+452 m
Vitesse
3,9 km/h
VAM
1 093 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +6m 26s Écart à la médiane : +4m 54s

Le tronçon Tunnel → La Para change déjà la nature de l'effort : la pente se redresse nettement, le dénivelé devient plus sérieux, et l'on quitte progressivement l'approche pour entrer dans une montée de skieur-alpiniste. Anna DeMonte y produit une VAM de plus de 1 090 m/h, ce qui est objectivement très élevé dans le cadre d'un aller-retour complet au mont Blanc. Même si son classement relatif reste modeste face aux meilleurs hommes de l'échantillon, ce secteur montre qu'elle possède la puissance verticale nécessaire pour une performance de haut niveau.

La comparaison avec William Boffelli, meilleur sur ce tronçon, est instructive : Anna lui rend environ 6 min 26 s, mais elle ne s'effondre pas. Ce n'est donc pas ici que sa tentative se dégrade vraiment. Au contraire, ce passage indique une bonne capacité à absorber une pente soutenue au début de l'effort. Le problème est plutôt que cette intensité ne se maintient pas avec la même efficacité lorsque le terrain devient plus irrégulier et plus glaciaire. Cette portion constitue donc un point positif : elle montre que le moteur est là, mais que la suite de l'itinéraire va davantage dépendre de la fluidité technique, de la ligne choisie et de l'état de la neige.

Tronçon 03
La Para → Glacier des Bossons
Montée
Durée
1h11'30"
Distance
3,17 km
Dénivelé
+808 m
Vitesse
2,7 km/h
VAM
678 m/h
Rang 9 / 9 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +29m 05s Écart à la médiane : +22m 22s

Le secteur La Para → Glacier des Bossons est l'un des passages les plus révélateurs de la tentative d'Anna DeMonte. Il combine un fort gain d'altitude, une transition vers un environnement plus alpin, et des choix d'itinéraire qui peuvent modifier sensiblement la distance et la qualité de progression. C'est notamment dans cette zone que certaines tentatives coupent plus directement pour rejoindre le glacier, tandis que d'autres suivent une ligne plus progressive ou plus sûre selon l'enneigement et l'état du terrain.

Anna met 1 h 11 min 30 s sur ce tronçon, avec une VAM de 678 m/h. Sur le papier, ce n'est pas faible pour un effort long en ski-alpinisme ; mais en comparaison des autres tentatives documentées, c'est un vrai point de perte. Elle se classe dernière des passages comparables et concède près de 29 minutes à William Boffelli, meilleur sur ce secteur. L'écart à la médiane dépasse lui aussi 22 minutes, ce qui indique que ce n'est pas seulement une différence marginale liée au niveau général : ce tronçon semble avoir pesé lourd dans le résultat final.

L'explication la plus probable est une combinaison de terrain et de fluidité. Dans cette partie, la performance dépend moins de la simple puissance verticale que de la capacité à trouver une ligne efficace, à limiter les ruptures de rythme, à gérer les conversions et à progresser sur une neige éventuellement irrégulière. Pour une tentative à ski, c'est un secteur paradoxal : les skis peuvent aider si la neige porte et si la trace est bonne, mais ils deviennent coûteux si la pente impose de nombreuses manœuvres ou si l'on doit composer avec des zones mixtes. C'est probablement l'un des endroits où Anna perd la possibilité de se rapprocher des meilleures références féminines.

Tronçon 04
Glacier des Bossons → La Jonction
Montée
Durée
0h17'42"
Distance
1,33 km
Dénivelé
+211 m
Vitesse
4,5 km/h
VAM
715 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : Samuel Equy Écart au meilleur : +5m 36s Écart à la médiane : +3m 52s

Le passage Glacier des Bossons → La Jonction est court en durée par rapport aux grands tronçons de montée, mais il est techniquement important. La Jonction est un secteur où le glacier impose sa logique : crevasses, ponts de neige, détours possibles, choix entre une traversée plus haute ou plus basse, et nécessité d'adapter la ligne aux conditions du moment. Dans une tentative de record, la différence entre une traversée fluide et une traversée hachée peut se traduire par plusieurs minutes perdues sans que la distance brute paraisse considérable.

Anna DeMonte réalise ce tronçon en 17 min 42 s. Sa VAM de 715 m/h reste correcte, mais elle perd plus de 5 min 30 s sur Samuel Équy, meilleur passage comparable. Le classement relatif, 7e sur 9, confirme que cette portion n'est pas un point fort. L'écart à la médiane est plus modéré que sur La Para → Glacier des Bossons, mais il montre encore une progression moins efficace que celle des meilleures tentatives à ski.

Ce tronçon doit être interprété avec prudence, car les conditions de La Jonction varient énormément d'une saison à l'autre et même d'une semaine à l'autre. Une ligne plus sûre peut être plus lente ; une ligne plus directe peut être plus exposée. Pour Anna, l'analyse suggère surtout que la traversée n'a pas été suffisamment rapide pour compenser les pertes déjà accumulées. Elle reste dans une logique de progression sûre et régulière, mais pas dans la dynamique d'un record absolu.

Tronçon 05
La Jonction → Grands Mulets
Montée
Durée
0h34'45"
Distance
1,51 km
Dénivelé
+300 m
Vitesse
2,6 km/h
VAM
518 m/h
Rang 9 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +19m 07s Écart à la médiane : +16m 14s

La Jonction → Grands Mulets est l'un des tronçons où la tentative d'Anna DeMonte perd le plus de terrain relativement aux autres. La distance est courte, mais le temps de 34 min 45 s est lourd dans une logique de record. Elle se classe dernière des tentatives comparables et concède plus de 19 minutes à Benjamin Védrines, meilleur sur ce secteur. L'écart à la médiane, supérieur à 16 minutes, montre que la perte n'est pas seulement due à la comparaison avec un extraterrestre du chrono : elle est structurelle sur ce passage.

Le terrain explique en partie cette difficulté. Après La Jonction, l'itinéraire vers les Grands Mulets peut devenir très dépendant de la trace, des crevasses, du regel et de la qualité de neige. C'est un secteur où l'efficacité du déplacement à ski peut être très variable. Si la trace impose des détours ou si la neige oblige à ménager l'appui, la vitesse chute rapidement. La VAM d'Anna, autour de 518 m/h, indique une progression laborieuse par rapport aux standards des meilleures tentatives.

Sportivement, ce tronçon est probablement l'un des points noirs de sa tentative. Il intervient à un moment crucial : le début est passé, l'altitude commence à compter, mais il reste encore toute la haute montagne à absorber. Perdre autant ici oblige ensuite à courir après le temps dans les plateaux supérieurs, ce qui est difficile car les marges de récupération sont faibles. Dans une future tentative optimisée, ce secteur serait clairement prioritaire : meilleure lecture de La Jonction, ligne plus rapide, trace plus favorable ou conditions de neige plus portantes pourraient faire gagner plusieurs minutes.

Tronçon 06
Grands Mulets → Petit Plateau
Montée
Durée
1h01'02"
Distance
2,56 km
Dénivelé
+574 m
Vitesse
2,5 km/h
VAM
564 m/h
Rang 8 / 8 Meilleur : Jack Kuenzle Écart au meilleur : +30m 25s Écart à la médiane : +25m 11s

Le tronçon Grands Mulets → Petit Plateau est un juge de paix. On quitte le refuge et l'on entre dans une montée longue, glacière, soutenue, où la fatigue accumulée commence à se combiner avec l'altitude. Pour les skieurs, la qualité de la trace et la capacité à maintenir une cadence régulière dans les conversions deviennent déterminantes. Anna DeMonte met 1 h 01 min 02 s, ce qui la place dernière des passages comparables sur ce tronçon.

L'écart avec Jack Kuenzle, meilleur sur ce secteur, est très important : plus de 30 minutes. Même l'écart à la médiane dépasse 25 minutes. C'est donc une autre zone majeure de perte chronométrique. La VAM de 564 m/h est respectable pour une ascension du mont Blanc, mais elle est insuffisante dans le cadre d'une tentative de record à ski. À ce stade, les meilleures références masculines et les meilleures féminines ultérieures parviennent à transformer les grands plateaux en terrain de progression rapide, alors qu'Anna semble subir davantage la pente et les conditions.

Ce passage est aussi révélateur de la différence entre une performance alpine de très haut niveau et une performance de record absolu. L'itinéraire des Grands Mulets n'est pas seulement une montée : c'est une succession de décisions et de micro-adaptations. Si la trace est lente, si le rythme se casse, ou si l'athlète doit composer avec une neige qui ne renvoie pas bien l'énergie, les minutes s'accumulent. Pour Anna, ce tronçon confirme que sa tentative n'a pas trouvé la fluidité optimale dans le cœur glaciaire de la montée.

Tronçon 07
Petit Plateau → Grand Plateau
Montée
Durée
0h25'42"
Distance
1,22 km
Dénivelé
+275 m
Vitesse
2,8 km/h
VAM
643 m/h
Rang 8 / 8 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +9m 25s Écart à la médiane : +8m 14s

Entre le Petit Plateau et le Grand Plateau, Anna DeMonte retrouve une VAM un peu plus consistante, autour de 643 m/h, mais son classement relatif reste défavorable. Elle perd 9 min 25 s sur William Boffelli et plus de 8 min sur la médiane des tentatives comparables. Ce secteur est plus court, mais il intervient après une longue séquence déjà coûteuse ; il confirme que l'écart continue de se creuser dans la haute partie de l'itinéraire.

Le terrain est ici typique des grandes sections glaciaires du mont Blanc : pente soutenue mais pas nécessairement extrême, altitude déjà sensible, orientation à gérer, et nécessité de conserver une trajectoire efficace. Pour les meilleurs skieurs, c'est un secteur où l'on peut encore avancer avec beaucoup de continuité. Pour Anna, la vitesse horizontale inférieure à 3 km/h montre une progression plus contenue.

Ce tronçon n'est pas aussi catastrophique que La Jonction → Grands Mulets ou Grands Mulets → Petit Plateau, mais il participe à la même dynamique : une montée qui reste courageuse et régulière, sans produire les accélérations nécessaires pour revenir dans le match du record. Dans une lecture stratégique, c'est un secteur où la différence de niveau avec les meilleures références se voit moins par un arrêt brutal que par l'absence de vitesse supplémentaire.

Tronçon 08
Grand Plateau → Vallot
Montée
Durée
0h40'04"
Distance
1,96 km
Dénivelé
+452 m
Vitesse
2,9 km/h
VAM
676 m/h
Rang 5 / 7 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +12m 14s Écart à la médiane : +9m 31s

Le Grand Plateau → Vallot est un secteur stratégique majeur, parce qu'il marque la transition vers le haut de l'itinéraire classique. Contrairement à Benjamin Védrines, qui choisit le Corridor et le mur de la Côte pour rejoindre le sommet par une option plus directe, Anna DeMonte suit la ligne classique vers Vallot puis l'arête des Bosses. Ce choix est cohérent avec la majorité des tentatives à ski analysées : il offre une lecture plus connue, mais il impose un détour relatif et un final plus long.

Anna réalise ce passage en 40 min 04 s. Son classement, 5e sur 7, est meilleur que sur plusieurs tronçons précédents, ce qui suggère une relative stabilisation de l'effort. Sa VAM de 676 m/h est honorable à cette altitude. Néanmoins, l'écart avec Boffelli reste important : plus de 12 minutes. L'écart à la médiane, proche de 9 min 30 s, montre qu'elle ne reprend pas réellement du temps.

Sur le plan du terrain, ce tronçon exige une gestion fine. On est déjà haut, l'effort devient plus coûteux, et la pente impose de choisir entre efficacité, sécurité et économie musculaire. Le passage par Vallot peut être très performant lorsque la trace est excellente et que l'athlète conserve de la fraîcheur. Dans le cas d'Anna, le choix d'itinéraire n'est pas incohérent ; c'est plutôt l'accumulation des pertes précédentes qui rend ce secteur défensif. Elle avance correctement, mais sans la vitesse nécessaire pour transformer le haut de la montagne en zone de rattrapage.

Tronçon 09
Vallot → Sommet
Montée
Durée
0h53'27"
Distance
1,69 km
Dénivelé
+444 m
Vitesse
1,9 km/h
VAM
498 m/h
Rang 7 / 8 Meilleur : William Boffelli Écart au meilleur : +21m 08s Écart à la médiane : +12m 02s

Le tronçon Vallot → Sommet est le final classique par l'arête des Bosses. C'est un passage où les chiffres bruts ne disent pas tout : la distance est courte, mais l'altitude, l'exposition, l'état de la trace et la fatigue rendent chaque mètre plus coûteux. Pour Anna DeMonte, ce secteur est difficile. Elle met 53 min 27 s, avec une VAM inférieure à 500 m/h, et concède plus de 21 minutes à William Boffelli.

Cette perte est importante, mais elle doit être replacée dans le contexte de la tentative. Anna arrive à Vallot après avoir déjà accumulé beaucoup de temps perdu dans les sections glaciaires. Le final devient alors moins un terrain d'attaque qu'un passage à sécuriser jusqu'au sommet. À ski, cette portion peut être ambiguë : les skis ont été utiles plus bas, mais sur l'arête et dans le final, ils peuvent devenir une contrainte de poids et de maniabilité selon les conditions.

La comparaison avec les meilleurs montre que le record se joue aussi ici. Boffelli et Jacquemoud–Équy conservent une vitesse impressionnante dans le haut, ce qui traduit non seulement une très grande capacité physique, mais aussi une excellente acclimatation à l'effort en altitude et une maîtrise des transitions techniques. Anna, elle, semble subir davantage ce final. Ce tronçon explique une part importante de l'écart au sommet avec Élise Poncet et avec les meilleures références masculines.

Tronçon 10
Sommet → Grand Plateau
Bascule sommet
Durée
0h13'52"
Distance
3,12 km
Dénivelé
-901 m
Vitesse
13,5 km/h
VAM
-3 900 m/h
Rang 7 / 8 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +6m 58s Écart à la médiane : +3m 30s

La bascule du sommet vers le Grand Plateau est le premier moment où le ski peut transformer radicalement le rapport au temps. Après près de six heures d'ascension, Anna DeMonte descend ce tronçon en 13 min 52 s. La vitesse verticale négative, proche de -3 900 m/h, montre que la descente est efficace en valeur absolue. Mais en comparaison des meilleurs skieurs, elle reste en retrait : Benjamin Védrines est environ 7 minutes plus rapide sur ce secteur, et la médiane des passages comparables est plus rapide d'environ 3 min 30 s.

Ce tronçon dépend beaucoup de l'enneigement du haut de la face nord et de la capacité à s'engager immédiatement après le sommet. Les meilleurs descendeurs transforment ce moment en rupture nette : ils quittent l'altitude avec une vitesse très élevée, sans hésitation. Anna descend vite, mais pas avec la même agressivité ou la même fluidité que Védrines, Boffelli ou Jacquemoud–Équy.

Il ne faut pas minimiser la difficulté : après une montée longue et coûteuse, basculer à ski depuis le sommet exige de la lucidité, de la technique et une lecture très sûre de la neige. La performance d'Anna est solide, mais elle n'efface pas les pertes de la montée. Elle montre surtout que le ski offre un gain considérable par rapport à une descente à pied, sans garantir pour autant un retour dans les temps des meilleures références.

Tronçon 11
Grand Plateau → Petit Plateau
Descente
Durée
0h03'01"
Distance
1,06 km
Dénivelé
-273 m
Vitesse
21,2 km/h
VAM
-5 436 m/h
Rang 6 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +1m 16s Écart à la médiane : +17s

Le tronçon Grand Plateau → Petit Plateau est l'un des passages où Anna DeMonte exploite mieux l'avantage du ski. Elle le parcourt en 3 min 01 s, avec une vitesse verticale très élevée, autour de -5 436 m/h. Le classement relatif, 6e sur 9, reste moyen, mais l'écart à la médiane est faible : seulement 17 secondes. Cela indique que, sur une pente skiable et relativement directe, elle est beaucoup plus proche du niveau collectif des meilleures tentatives.

Ce secteur illustre bien la différence entre les pertes de montée et les pertes de descente. Là où les montées glaciaires l'ont placée loin derrière, cette section de glisse pure réduit les écarts. Elle ne rivalise pas avec Benjamin Védrines, extrêmement rapide sur ce type de terrain, mais elle montre une descente propre, efficace, sans rupture majeure.

Pour l'analyse stratégique, c'est un point positif. Si toute la descente avait présenté ce niveau relatif, Anna aurait pu limiter fortement l'écart final. Mais le bas de l'itinéraire, moins skiant et plus complexe, va ensuite redevenir plus coûteux. Ce tronçon prouve néanmoins que son déficit n'est pas d'abord un déficit de technique de glisse sur pente ouverte.

Tronçon 12
Petit Plateau → La Jonction
Descente
Durée
0h11'44"
Distance
2,90 km
Dénivelé
-890 m
Vitesse
14,8 km/h
VAM
-4 550 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : Benjamin Védrines Écart au meilleur : +4m 60s Écart à la médiane : +2m 42s

Petit Plateau → La Jonction est une descente plus longue, plus engageante, et plus dépendante de la ligne que le court passage précédent. Anna DeMonte met 11 min 44 s, avec une vitesse verticale négative supérieure à -4 500 m/h. En valeur absolue, c'est rapide. Mais la comparaison montre qu'elle perd environ 5 minutes sur Benjamin Védrines et plus de 2 min 40 s sur la médiane.

Ce secteur demande une combinaison de vitesse, de précision et d'acceptation du risque. Les meilleurs skieurs savent relier les zones de pente, éviter les zones piégeuses, conserver la glisse et limiter les freinages. Anna descend efficacement, mais avec moins de continuité que les plus rapides. La Jonction, en particulier, impose souvent des choix prudents : selon l'état des crevasses et des ponts de neige, la trajectoire de descente peut être plus ou moins directe.

Ce passage confirme que sa descente est bonne mais pas exceptionnelle au regard des standards d'un record. Elle profite bien du ski, mais ne transforme pas la descente en arme suffisamment décisive pour compenser le retard de montée. Dans une tentative optimisée, les gains possibles ici seraient réels, mais probablement moins importants que ceux observés dans la montée médiane.

Tronçon 13
La Jonction → Glacier des Bossons
Descente
Durée
0h02'08"
Distance
1,32 km
Dénivelé
-192 m
Vitesse
37,1 km/h
VAM
-5 406 m/h
Rang 3 / 9 Meilleur : Samuel Equy Écart au meilleur : +11s Écart à la médiane : −16s

La Jonction → Glacier des Bossons est le meilleur tronçon relatif d'Anna DeMonte dans cette analyse. Elle le parcourt en 2 min 08 s, avec une vitesse horizontale très élevée, supérieure à 37 km/h, et une vitesse verticale négative de plus de -5 400 m/h. Elle se classe 3e sur 9, à seulement 11 secondes de Samuel Équy, et fait même mieux que la médiane du secteur.

Ce passage montre clairement qu'Anna possède une excellente capacité de glisse lorsque le terrain s'y prête. La pente est ici suffisamment favorable pour que les skis deviennent un vrai avantage, et la trajectoire semble avoir été bien exploitée. Contrairement à plusieurs tronçons précédents, elle ne subit pas la comparaison avec les meilleures références : elle entre dans le rythme des meilleurs passages documentés.

Ce secteur est important pour l'interprétation globale. Il montre que sa tentative n'est pas limitée par une incapacité à descendre vite. Le problème se situe plutôt dans la continuité d'ensemble : certains passages sont très compétitifs, mais ils sont entourés de tronçons où les pertes sont beaucoup plus fortes. Ce tronçon mérite d'être mis en avant comme un exemple de section réussie dans une tentative par ailleurs moins homogène.

Tronçon 14
Glacier des Bossons → La Para
Descente
Durée
0h32'30"
Distance
3,13 km
Dénivelé
-831 m
Vitesse
5,8 km/h
VAM
-1 534 m/h
Rang 8 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +17m 25s Écart à la médiane : +10m 55s

Le tronçon Glacier des Bossons → La Para est probablement le principal point faible de la descente d'Anna DeMonte. Après un excellent passage entre La Jonction et le glacier des Bossons, la vitesse chute fortement : 32 min 30 s pour 3,13 km et -831 m. Elle se classe 8e sur 9 et concède plus de 17 minutes à Mathéo Jacquemoud, meilleur sur ce secteur. L'écart à la médiane dépasse 10 minutes.

Ce contraste est très parlant. Sur le haut de la descente, le ski permet de glisser vite. Mais plus bas, le terrain peut devenir haché : neige plus lourde ou discontinue, passages moins skiants, transitions, zones de forêt ou de moraine, choix de ligne moins évident, nécessité de déchausser ou de courir. C'est précisément dans ces conditions mixtes que les meilleurs gagnent beaucoup de temps : ils savent enchaîner glisse, portage, course et relance sans rupture majeure.

Pour Anna, cette portion annule une partie de l'avantage acquis par le ski. Elle descend encore plus vite qu'une athlète à pied sur la logique globale, mais elle ne profite plus pleinement de la glisse. Ce tronçon explique pourquoi sa descente totale reste supérieure à 1 h 35, alors que les meilleurs skieurs masculins descendent autour d'une heure et que les meilleures femmes à ski peuvent faire mieux. Dans une analyse de stratégie, c'est l'un des secteurs les plus prometteurs pour gagner du temps : il ne s'agit pas seulement de skier vite, mais de gérer parfaitement les transitions du bas.

Tronçon 15
La Para → Tunnel
Descente
Durée
0h12'18"
Distance
1,43 km
Dénivelé
-427 m
Vitesse
7,0 km/h
VAM
-2 083 m/h
Rang 7 / 9 Meilleur : Jack Kuenzle Écart au meilleur : +3m 36s Écart à la médiane : +2m 09s

La Para → Tunnel est un tronçon de retour où le terrain devient moins purement alpin et plus hybride. Pour les skieurs, c'est souvent une zone où l'avantage du matériel diminue : selon l'enneigement, il faut alterner glisse, marche, portage ou course. Anna DeMonte met 12 min 18 s, soit un temps correct mais en retrait des meilleurs. Elle concède 3 min 36 s à Jack Kuenzle, meilleur sur ce passage, et un peu plus de 2 minutes à la médiane.

Ce secteur confirme la difficulté d'Anna dans les portions basses. Là où les meilleurs gardent une grande efficacité de transition, elle perd encore du temps. Ce n'est pas une perte massive comme sur Glacier des Bossons → La Para, mais c'est une perte supplémentaire dans une partie où la fatigue de la montée et de la descente commence à peser sur la capacité de relance.

Sur le plan technique, ce passage demande moins d'engagement alpin que le haut, mais beaucoup de pragmatisme : savoir quand skier, quand courir, comment porter, comment éviter de perdre du temps dans les changements de rythme. C'est une compétence spécifique des records aller-retour depuis Chamonix. Anna reste solide, mais elle ne bénéficie plus du rendement spectaculaire du ski.

Tronçon 16
Tunnel → Eglise
Descente
Durée
0h19'45"
Distance
3,45 km
Dénivelé
-216 m
Vitesse
10,5 km/h
VAM
-657 m/h
Rang 8 / 9 Meilleur : Matheo Jacquemoud Écart au meilleur : +6m 53s Écart à la médiane : +5m 05s

Le dernier tronçon Tunnel → Église est souvent sous-estimé, mais il pèse lourd dans un aller-retour complet. On n'est plus dans le prestige du sommet ni dans l'engagement de la face nord : il faut simplement rentrer vite, sur un terrain beaucoup moins favorable au ski et avec une fatigue déjà très élevée. Anna DeMonte met 19 min 45 s sur ce final, soit un temps nettement plus lent que les meilleures références. Elle perd près de 6 min 53 s sur Mathéo Jacquemoud et plus de 5 minutes sur la médiane.

Cette perte finale indique que la capacité de relance dans le bas n'est pas au niveau des meilleures tentatives. Les records les plus rapides se jouent aussi sur cette lucidité terminale : ne pas se relâcher, enchaîner les transitions, courir efficacement avec ou sans matériel, garder une vitesse élevée jusqu'au porche de l'église. Les skieurs les plus performants ne se contentent pas de descendre vite en haute montagne ; ils savent aussi terminer comme des coureurs.

Pour Anna, ce dernier secteur laisse une impression contrastée. La performance globale reste très solide, mais le retour final montre que le chrono aurait pu être amélioré avec une meilleure efficacité sur les portions basses. Dans une lecture comparative, c'est l'une des grandes différences avec les records plus récents : les meilleures tentatives ne présentent presque aucun temps mort, y compris lorsque le terrain cesse d'être spectaculaire.

Notes méthodologiques

  • · Les comparaisons de rang sont calculées uniquement entre tentatives disposant de passages comparables sur le même tronçon.
  • · Les temps officiels du fichier Excel priment sur les éventuelles différences présentes dans les traces GPX.
  • · Les distances et dénivelés proviennent de l'exploitation des traces GPS et peuvent varier légèrement selon la qualité du signal, les pauses, les transitions et les écarts entre le point GPS le plus proche et le point de passage théorique.
  • · Les analyses interprètent les chiffres à la lumière des options d'itinéraire connues : voie des Grands Mulets, passage par Petit Plateau et Grand Plateau, montée finale par Vallot et arête des Bosses, descente à ski par la face nord puis retour par l'itinéraire de montée.