Synthèse
La tentative d'Anna DeMonte constitue une performance importante dans l'histoire récente du record féminin à ski sur le mont Blanc, même si elle ne représente pas le meilleur temps de l'échantillon analysé. Son temps officiel de 7 h 29 min 54 s la place dans une zone très intéressante : elle est nettement plus rapide qu'une tentative féminine à pied classique sur la descente, mais elle ne parvient pas à transformer l'avantage du ski en gain suffisant pour rivaliser avec les meilleures références féminines ultérieures, notamment Élise Poncet, ni avec la densité de montée observée chez Anne-Lise Desjacques dans les données disponibles. Sa tentative montre très bien l'ambivalence du ski sur ce défi : il offre un avantage déterminant dès que la pente permet de glisser, mais il pénalise la montée si la trace est mauvaise, si les conversions sont nombreuses, si l'itinéraire impose des zones techniques, ou si la neige oblige à une progression moins directe.
La montée d'Anna DeMonte, estimée autour de 5 h 54 min 36 s par la trace, est le point qui limite principalement son résultat final. Sa VAM moyenne globale de montée, autour de 637 m/h, reste solide au regard de la longueur de l'effort, de l'altitude et du matériel porté, mais elle est en retrait par rapport aux meilleures performances féminines à ski de la base. Élise Poncet atteint le sommet plus rapidement et transforme ensuite son avantage en record grâce à une descente également plus efficace. Anne-Lise Desjacques apparaît elle aussi plus dense à la montée dans les données disponibles, avec un passage au sommet plus rapide. Ce déficit ne doit pas être lu comme une faiblesse générale : il traduit surtout une tentative où plusieurs secteurs intermédiaires semblent coûter cher, notamment entre La Para, le glacier des Bossons, La Jonction et les Grands Mulets, c'est-à-dire dans la partie où le terrain devient réellement alpin et où la qualité de la trace, l'état du glacier et les choix de ligne peuvent faire varier fortement la vitesse.
L'analyse tronçon par tronçon montre que la performance d'Anna DeMonte est loin d'être homogène. Le début de montée est prudent, sans être catastrophique. Le passage Tunnel → La Para affiche même une VAM élevée, au-dessus de 1 000 m/h, ce qui indique une vraie capacité de puissance sur pente soutenue. En revanche, le cœur de la montée glaciaire lui coûte beaucoup de temps par rapport aux meilleures références. Le secteur La Para → Glacier des Bossons, puis le passage Glacier des Bossons → La Jonction → Grands Mulets, la placent régulièrement en queue de classement parmi les tentatives comparables. C'est probablement là que se joue l'essentiel de l'écart : cette portion combine recherche d'itinéraire, ruptures de pente, changements de neige, zones crevassées, et parfois une progression moins fluide à skis. Sur ce type de terrain, un athlète très fort physiquement peut perdre beaucoup si la ligne impose trop de détours ou si la neige ne porte pas correctement.
Le haut de la montée, de Grand Plateau à Vallot puis au sommet, confirme une performance courageuse mais moins tranchante que celles des meilleures références. Le choix de passer par Vallot et l'arête des Bosses est cohérent avec la majorité des tentatives à ski analysées, à l'exception notable de Benjamin Védrines qui choisit le Corridor et le mur de la Côte. Pour Anna DeMonte, ce choix classique privilégie la sécurité relative et la lisibilité de l'itinéraire, mais il impose un final long, exposé à l'altitude, avec une pente qui ne permet pas toujours de conserver une cadence régulière. Son tronçon Vallot → Sommet est particulièrement coûteux : la vitesse horizontale devient faible et la VAM descend sous les 500 m/h. Cela suggère un final éprouvant, où l'altitude, l'état de la neige et la fatigue accumulée pèsent lourdement.
La descente révèle mieux l'intérêt du ski. Avec 1 h 35 min 18 s estimées entre le sommet et l'église, Anna DeMonte descend beaucoup plus vite qu'une tentative à pied comme celle d'Hillary Gerardi, mais elle reste derrière les meilleures skieuses et très loin des descentes masculines les plus rapides. Son meilleur secteur relatif est La Jonction → Glacier des Bossons, où elle signe un passage très compétitif, proche des meilleurs temps de l'échantillon. Cela montre qu'elle possède une vraie qualité de glisse lorsque le terrain devient favorable et que la ligne est lisible. À l'inverse, elle perd beaucoup de temps dans le bas de la descente, notamment entre Glacier des Bossons et La Para, puis dans le retour vers le Tunnel et l'église. Ces secteurs sont souvent moins spectaculaires que la haute montagne, mais ils sont décisifs : transitions, déchaussages éventuels, neige discontinue, portions à pied ou sur sentier, fatigue musculaire et relance sur terrain moins skiant peuvent y coûter plusieurs minutes.
En résumé, la tentative d'Anna DeMonte est celle d'une athlète capable de produire une performance alpine complète, mais dont le chrono final semble avoir été freiné par deux familles de facteurs : une montée glaciaire trop coûteuse dans la partie médiane, puis une descente efficace en altitude mais moins fluide dans le bas. Elle illustre parfaitement que le record du mont Blanc à ski ne se gagne pas uniquement par la vitesse de descente : il exige une montée très proche du niveau des meilleurs alpinistes-skieurs, une lecture parfaite de La Jonction et des plateaux, et une capacité à ne pas perdre de temps lorsque la glisse cesse d'être évidente. Sa performance reste donc une référence utile pour comprendre les marges de progression possibles chez les femmes à ski : les gains ne se situent pas seulement au sommet ou dans la face nord, mais surtout dans la continuité de l'effort entre la sortie de Chamonix, l'accès au glacier, les Grands Mulets et le retour final vers l'église.
Méthode de données : cette fiche est calculée à partir des activités Strava de Anna DeMonte, synchronisées avec les temps officiels de la tentative.